Parcours et démarche

Ma carrière a connu quelques étapes distinctes mais une même poursuite sous-tend tout son parcours. C’est dans les années 1968 à 1970 que j’ai pris conscience de la magie de la création artistique. La force de la vie, qu’exprimaient les œuvres de Michel-Ange, Henry Moore, les Inuits, m’a fascinée.

Marie Hélène Allain

Photo Élide Albert

Laissée à mes premières découvertes, ce fut par la forme abstraite et organique taillée directement dans la pierre, qu’inconsciemment j’ai tenté d’exprimer à mon tour cette force de vie. Quelques duos de formes complémentaires sont aussi apparus pendant cette première période, ce qui s’est reproduit par la suite. Puis, des formes en partie polies et en partie à l’état brut, à l’allure d’éléments détachés d’une forme-mère, se sont manifestées. Mon intérêt aux textures de la pierre brute s’est ensuite arrêté aux pierres déjà sculptées par l’érosion, l’usure ou l’oxydation.  Ces pierres sculptées, cassées ou trouvées, je les ai juxtaposées ou assemblées à d’autres matériaux et, placées dans un contexte différent, elles ont suggéré une nouvelle lecture; tandis que le sens des premières sculptures dépendait uniquement de l’expression de formes monolithes dégagées des blocs de pierre, les dernières œuvres devenaient significatives par le rapport établi entre les divers matériaux assemblés. Un autre processus de travail était alors devenu évident, celui de l’assemblage. Certaines œuvres individuelles s’étant déjà manifestées comme de petites installations, le pas ne fut pas long à franchir pour arriver à l’œuvre-installation, à plus large déploiement.

En cours de réalisation, des matériaux choisis d’abord pour leurs caractéristiques propres, s’étaient révélés des symboles éloquents pour moi, et c’est ainsi que j’ai commencé à explorer le symbolisme.

Faut-il ajouter que d’autres artistes, tels que Louise Bourgeois, Jean-Luc Parant, Andy Goldsworthy, Anselm Keifer m’ont marqué en cours de carrière, surtout à cause de leur grande passion, leur authenticité, leur proximité de l’élément et leur philosophie.

Le titre, absent de mes premières sculptures, s’est vite démontré partie prenante à l’expression de l’œuvre pour un «rendu» plus vrai et senti. Ex : L’entre-deux, Mouvance, Racines déracinées. Aujourd’hui, le titre de mes installations est devenu incontournable; il sert pour ainsi dire, de piste de réflexion au thème développé.

Photo: Paul Soucy

Visite d’une classe d’une école de Campbellton. Photo Paul Soucy

À la relecture de mon parcours artistique et en observant l’histoire de ma vie, je me permets d’affirmer que mon expression artistique a été, à mon insu, une métaphore de mon cheminement personnel. Depuis ma naissance jusqu’à ce jour, des expériences vécues, plutôt difficiles à surmonter, ont de toute évidence influencé mes manières d’être et de faire; en conséquence, lors de mon entrée dans le domaine des arts, la détermination et la persévérance faisaient déjà partie de mon bagage intérieur. Le terrain était donc préparé pour que l’expression des forces de vies s’implante dans ma carrière artistique.

Si les matériaux s’imposent d’eux-mêmes à l’artiste, la pierre dure, qui a été le matériau de base de l’ensemble de mon œuvre, était peut-être la conquête obligatoire pour arriver à rendre visible les impératifs du dedans.

Mon inspiration? J’ose affirmer aujourd’hui, qu’elle a pris racine dans des influences marquantes de ma vie;  j’en ai pris conscience et elles ont mûri au point de devenir des œuvres d’art. Une œuvre terminée m’apparaît en quelque sorte, comme l’image d’un rêve, dont l’interprétation se trouve en partie connue et en partie à reconnaître.

Quoiqu’en apparence mes œuvres actuelles soient très différentes des premières, il est évident qu’une trame s’est maintenue depuis les débuts de ma carrière; il s’agit de l’exploration de la force de la vie, cette force qui provoque les êtres vivants que nous sommes, cette force qui nous dépasse et qui nous amène à nous dépasser.

avril 2013