Art public

Liste des œuvres d’art public

No 119 À toi / To You (1993). Photo Dolorès Breau.  h = 165 cm
No 119 À toi / To You, Centre d’oncologie de l’Hôpital Dr-Georges-L.-Dumont, Moncton, N.-B., 1993. Photo Dolorès Breau. h = 165 cm

À toi / To you, Centre d’oncologie de l’hôpital Dr-Georges-L.-Dumont, Moncton, N.-B., 1993

Hommage à Mère Marie-Anne, Pavillon Mère-Marie-Anne, Moncton, N.-B., 1986

Awakening / Éveil, Galerie d’art Beaverbrook Art Gallery, Fredericton, N.-B., 1985

Marie-Anne, Galerie Restigouche Gallery, Campbellton, N.-B., 1984

Mouvance 1, Université de Moncton, Faculté des arts, 1984

Ocean Bone / Œuvre d’océan, Market Square, Saint John, N.-B., 1983

Pavillon Mère-Marie-Anne, Moncton, N.-B.
N° 85 Hommage à Mère Marie-Anne, Pavillon Mère-Marie-Anne, Moncton, N.-B., 1986. Photo Jacques Boudreau. hauteur = 297 cm

Malgré les contingences et les limites qui sont imposées à notre appréciation, c’est toute l’histoire de l’art qui s’offre à nous, ainsi que le monde de la culture occidentale et orientale. Qui de nous n’a jamais entendu parler du symbolisme de la pierre au Japon et en Chine ? Pour Marie Hélène Allain, comme pour l’artiste japonais, la pierre a une vie propre et se transforme. La lenteur des changements qui s’opèrent en elle est un symbole de résistance et de force pour ceux qui s’inspirent de cet élément par goût naturaliste. Or, la sculpteure se dit fille de la nature, non pas celle des fleurs et des oiseaux banalisée par la poésie et l’art conventionnel, mais la nature comme force implacable et incontournable : la nature qui est tout simplement cette puissance à laquelle il nous faut nous soumettre ou périr.

La commande réalisée pour la Galerie d’art Beaverbrook à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, n’imposait pas la même obligation morale que celle de la communauté des religieuses. Par rapport à Hommage à Mère Marie‑Anne, elle paraît relever du monde profane. Là où Mère Marie‑Anne tendait au sublime, à la vision, de l’exaltation, la catégorie esthétique qui peut être évoquée pour le N° 81 (1985), Awakening / éveil, nous semble le « beau » : les accords sont harmonieux et mesurés, l’unité l’emporte sur le flot des lignes de Hommage à Mère Marie‑Anne. L’œuvre est constituée de deux figures monumentales en interaction, dont l’une a un aspect dominant à  cause du léger déséquilibre de sa forme. Pour compléter le dessin de cette figure, l’œil doit le situer dans un ensemble dont la configuration est l’ovale. En effet, de quelque point que nous nous situions pour observer l’œuvre, la forme de l’œuf s’impose. Le caractère abstrait de l’ensemble rattache l’œuvre à la priorité du « faire », à la préséance de « l’objet » par rapport à des préoccupations de représentation et de signification plus conventionnelles. Bien que nous puissions voir la représentation de personnages, c’est de l’interaction abstraite des deux formes qu’il s’agit et ce jeu des éléments tactiles, linéaires, formels a toujours été au cœur de la sculpture, même lorsqu’elle illustrait un sujet précis.

L'éveil
N° 81 Awakening / Éveil, Galerie d’art Beaverbrook Art Gallery, Fredericton, N.-B., 1985. Photo Galerie Beaverbrook. h = 225 cm et 315 cm

Les préoccupations de l’artiste sont très certainement formelles et nous en avons un exemple dans la manière dont Marie Hélène Allain parle du N°80, commandé par la Galerie Restigouche à Campbellton, au Nouveau‑Brunswick :

Je réalise présentement une sculpture pour la Galerie Restigouche à Campbellton ( … ). À cause de l’aspect horizontal et rectangulaire de la Galerie je décide que je dois animer cette partie frontale de la Galerie dans le sens horizontal. Et à cause des cinq pieds de neige, j’opte pour deux formes verticales de huit pieds et un quart et neuf pieds et demi qui formeront un tout ‑ et qui par leur communication mutuelle, créeront un réseau d’animation à l’horizontale ‘.

080-Marie-Anne (05)(1984)
N° 80 Marie-Anne, Galerie Restigouche Gallery, Campbellton, N.-B., 1984. Photo Paul Soucy. h = 247 cm et 277 cm

La sculpture monumentale de Campbellton, N° 80 (1984), a été intitulée Marie‑Anne et la signification de ce titre relève surtout de sa vie privée. Pour l’artiste, ce prénom double évoque à la fois les prénoms d’une amie et ceux de l’artiste. Les deux formes de l’œuvre ne sont pas aussi dépendantes l’une de l’autre que celles de Fredericton. Bien qu’une force les attire l’une l’autre, l’espace circule librement entre elles, alors qu’elles semblent danser en tournant sur leur base. Pour nous, leur aspect biomorphique les rattache davantage à la vie végétale et minérale, bien que la démesure des articulations les fasse bouger comme des personnages. Allain, pendant cette période de commandes publiques de 1982‑1986, écrit que sa sculpture « représente plutôt des personnages qu’une seule attitude ou un seul état d’être. Ces personnages sont invitation, communication, harmonie… et bien autre chose que je ne peux et ne sais pas dire. » Il y a coïncidence exacte de la représentation et de l’abstraction. Le sujet de personnages en interaction n’est qu’esquissé dans cette œuvre et peut‑être n’est‑il pas perçu par la majorité des spectateurs.

No 79 Mouvance 1 (1984)
No 79 Mouvance 1 (1984). Photo Rodolphe Caron. h = 166 cm

Que voyons‑nous, en outre, dans ces courbes fortement accentuées, sinon un mouvement qui se transmet en spirale depuis la base, elle‑même de forme arrondie ? L’inspiration de cette sculpture publique nous semble essentiellement naturaliste. Ce naturalisme peut s’exprimer parce que l’artiste reste libre de toute inhibition par rapport à quelque sujet ou représentation que ce soit. Elle y voyait une rencontre, divers aspects d’une personnalité féminine, d’où le prénom double donné à l’œuvre, mais aucune justification autre que formelle n’est nécessaire au succès de cette œuvre, qui demeure ouverte à plusieurs interprétations.

N° 74 Ocean Bone / Œuvre d'océan, Market Square, Saint John, N.-B., 1983. Photo Dennis Mills. h = 225 cm
N° 74 Ocean Bone / Œuvre d’océan, Market Square, Saint John, N.-B., 1983. Photo Dennis Mills. h = 225 cm

L’œuvre de commande la plus remarquable, après Hommage à Mère Marie‑Anne, est sans doute Ocean Bone / Œuvre d’océan (N° 74, 1982‑1983). Que penser de son titre ? L’artiste désire guider la lecture de l’œuvre et lui donner un prolongement. Comme le choix des matériaux et de la forme, ces titres se veulent révélateurs. La création de cette sculpture d’une seule pièce a précédé celles de Fredericton et de Campbellton. Plus près de l’objet que la sculpture de Campbellton, plus ancrée dans notre monde que celle représentant Mère Marie‑Anne, Ocean Bone / Œuvre d’océan a un aspect étrange, fou, humoristique, enjoué, drôle. C’est une sculpture dont l’échelle la rapproche de la cabane d’enfants (on peut y grimper). Située au beau milieu d’un centre commercial, encadrée par d’autres sculptures, elle ne peut être identifiée que comme sculpture‑objet. Sa fonction, si elle en a une, n’est pas d’enseigner ou de raconter, mais d’amuser et d’intriguer le passant qui s’arrête quelques instants. Il y a parfaite coïncidence entre la maîtrise de la forme (l’équilibre des masses est savant), des matériaux (l’alternance du poli et du rugueux en fait une joie tactile) et du sujet naturaliste (une forme d’os), qui jette au milieu des passants affairés cette pièce gratuite, vive et libre, venue, semble‑t‑il, de la mer à proximité… On croirait que du sable a été entraîné dans son sillage et que la mer a poli de son eau cet objet fantastique…

Par Carolle Gagnon
Tiré de Marie Hélène Allain, la symbolique de la pierre (Pages 19, 22, 23 et 26)

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